La lumière s'éteint. Je suis déjà presque nue sous la couette, il fait froid et j'ai les dents qui claquent. Il se colle à moi, son corps est doux et tiède. Je suis bien dans ses bras, j'entend son coeur qui bat. Je frissonne, je ne sais pas si c'est à cause du froid ou de sa voix qui effleure mes tympans. Il me dit des mots, beaux, chauds, parfois fous. Il sait les utiliser comme il faut, à leur juste valeur, il sait les doser pour qu'il n'y en est ni trop ni pas assez. Je ne lui répond pas, je me contente d'écouter. Je pose ma tête sur son torse, je connais par coeur l'odeur de chaque endroit de sa peau, ici c'est son parfum qui domine et il me rappelle ce début d'été d'il y plus d'un an déjà, ce début d'été qui nous a tant rapproché. Il me rappelle ce corps qui a maintenant changé, mûrit. Cet esprit qui a lui aussi évolué, grandi. Cet ensemble imparfait qui est maintenant blotti contre moi. Imparfait, oui, j'ose le dire. Et d'ailleurs, je trouve que nos imparfaits vont parfaitement bien ensemble. Je passe mes mains sur ses os du bassin. Il m'embrasse. J'ai des frissons. Cette fois je sais à quoi ils sont dû, ils se déplacent dans le bas de mon ventre comme des papillons de nuit attirés par le feu. La tendresse devient fougue, nos lèvres se lient et se délient, nos langues se cherchent, se trouvent, nos mains parcourent nos corps, descendent, descendent encore puis remontent. Il a mon souffle dans son cou tandis qu'il s'accroche à moi et que soudain je m'enfuis. Il me rattrape, me serre contre lui, je me débat, juste un peu, juste ce qu'il faut, ça fait partit du jeu. Je ris, je le vois qui me regarde dans le noir, je sens ses yeux sur mon corps, je sens ses yeux aussi bien que n'importe quelle partie de son anatomie. Il me déshabille du regard, enlève les quelques vêtements qu'il me reste. Il fait chaud et nous sommes essouflés. Il y a sûrement de la buée sur les vitres que nous ne voyons pas. Je me laisse dominée, je suis docile, parce que j'aime quand il s'occupe de moi. Et surtoût parce qu'il le fait bien. Oh oui, ce qu'il le fait bien. Il est le seul à me connaître aussi profondement. Et quand je n'en peux plus, quand l'envie est trop forte, quand mes poumons ne me donnent pas assez d'air, je le pousse. On inverse les rôles. C'est une pièce de théâtre qui ne pourra jamais être produite en publique, le rideaux reste fermé mais nous, acteurs de cette scène, duo infernal, dansons l'amour d'une façon différente à chaque fois. C'est juste entre lui et moi, une osmose telle que mes cris enfouis dans l'oreiller résonnent dans toute la pièce. Il est moi et je suis lui, nous ne formons qu'un, s'accrochant, se serrant en esperant que jamais ça ne s'arrête et puis, finalement, à bout de souffle, nos corps se séparent. Les draps sont mouillés, nous le sommes aussi. J'ai chaud, je boue. Mes papillons dans le ventre sont morts brûlés de s'être trop approchés de la flamme. Je ferme les yeux, tente de reprendre un rythme cardiaque normal et commence à m'endormir. Et puis, doucement, ses bras m'enveloppent.
C'est à ce moment là que je choisi de lui dire, de donner suite à ses mots sans réponse.
"Tu sais, mon amour, je crois bien que moi non plus
je ne pourrais jamais plus me passer de toi."