Dispute.
Je ne réagis pas. Il me dit qu'il doit y aller, se lève et part. Il n'est jamais parti comme ça, sans un regard, un mot doux, un bisou, sa main dans mon cou... Jamais. Je le regarde s'éloigner en espérant qu'il va revenir sur ses pas. Il n'en est rien. Il avance sans se retourner. Et moi je tombe. Brutallement. Sans prévenir. Il s'éloigne de plus en plus. Je lui en veux de ne pas revenir, de m'abandonner là. "Je te déteste" dit mon sms. Sms qu'il ne lit pas, sûrement parce que son portable est en silencieux. Il tourne au coin d'un magasin. Je ne le vois plus. Et je panique. Mon coeur bat fort, je n'arrive plus à reprendre ma respiration entre deux sanglots, mes mains commencent à trembler. Je me lève, mon cerveau ne contrôle plus mon corps. Je me lève et je cours. Mes jambes courent. Le reste essaye de suivre. L'angoisse et l'athme ne font pas bon ménage, encore moins avec les membres qui tremblent et les yeux mouillés de ces larmes qui coulent sur mes joues et qui me glacent le visage avec le vent qui souffle. Je cours de plus en plus vite, et je tombe. Je n'ai pas envie de me relever mais je ne peux pas m'en empêcher. Un homme me demande si j'ai besoin d'aide. Je ne répond pas. Je me lève et cours encore. Ca y est, je le vois, il s'apprête à ouvrir la porte du magasin. J'hurle son prénom. Tout le monde entend. Tout le monde, sauf lui. Il est à l'intérieur. J'aimerais faire demi tour et rentrer chez moi, mais je continue à courir. Jusqu'à la vitrine du magasin. Je suis droite comme un piquet, un piquet qui tremble, et je le cherche des yeux à travers la devanture. J'attend. Ca me paraît être une éternité. Dedans, on me regarde étrangement. Puis il arrive, enfin. Il m'a vu mais ne me regarde pas. Cependant, il avance. Avant d'ouvrir la porte, il reste devant. Il me regarde, il me regarde et je ne sais pas ce qu'il veut me dire. J'ai l'impression que mes pieds sont fixés au sol. Il tire la porte. Droit devant moi, lui en T-shirt et moi emmitouflée dans mon manteau tout doux et mon écharpe orange, ses yeux essayent de communiquer. Je crois que les miens lui répondent. Un dialogue s'installe, un dialogue de pupilles. Derrière, un autre employé essaye de nous regarder discrètement. Je sais qu'il est là depuis le début et qu'il attend quelque chose. Je sais aussi qu'il n'est pas le seul à attendre. Mais le temps s'est arrêté. Et mon corps se dirige contre celui de Rafael, comme celui de Rafael se dirige contre le mien. Nos lèvres se rencontrent sans qu'on y puisse rien.
Des émants. Des aimants.